J'ai des envies de plage... De sable, de mer, avec le bruit des vagues, le vent faisant frémir les filaos, le soleil brûlant la peau et surtout.... surtout.... de la place... Pas l'agglomération urbaine se translatant en une masse compacte du centre ville foisonnant du chaos d'une fourmilière prise de panique vers une étendue sablonneuse, et se collant les uns aux autres de façon à ce que les effluves olfactives voisines vous révèlent que celui qui empiète sur votre espace vital a mangé de l'ail en grande quantité au déjeuner, ni une plage déserte façon Vendredi ou la vie sauvage, mais une plage, simple, sans commerce ou vendeur de beignet, avec juste quelques personnes. Tiens, ça me rappelle quelques histoires d'activité nautique, tout ça... La première, quand je me suis essayé pour la première fois au surf.... C'était ailleurs, en Bretagne, au mois de Septembre, un des rares moments où, dans l'étendue du Finistère, il m'a été possible de prendre un coup de soleil. Si, si, c'est possible, je vous assure. Parti avec un camarade, tout aussi novice que moi, avec les combinaisons et les planches, dans sa voiture, (je n'avais pas le permis à l'époque, aussi étais je un parasite à trimballer) mise en break, avec le siege avant rabbatu au maximum pour pouvoir rentrer intégralement dans le véhicule, je n'avais comme place que celle jouxtant les planches, allongé, à l'arrière. Ce n'était pas très réglementaire, je vous l'accorde bien volontiers, mais jeunes et cons, et n'ayant pas d'autre moyen pour tenter d'assouvir nos vélléités de grands chasseurs de vagues, nous n'avons pas fait grand cas de ces circonstances. Aussi, tôt, le matin, nous sommes partis vers un spot connu et après un temps certain que je passais négligemment à profiter du soleil qui filtrait par les fenêtres du véhicule, nous arrivâmes sur le lieu désiré. Pour trouver à la place des déferlantes que nous souhaitions, une surface acqueuse immobile aussi vivante qu'une flaque d'huile sur un bord d'autoroute.
- Putain, c'est plat, ca va pas le faire....
- Ouep.....
- On va ailleurs ?
- Ouep....
Et nous sommes repartis dans l'autre direction, filant vers le sud car, il est bien connu qu'en Bretagne, si il n'y a pas de vagues d'un côté, c'est qu'elles font la fiesta de l'autre. Après quelques heures de trajet, nous arrivons au deuxième site. Et là, avec un sourire heureux non dissimulé, nous nous exclamons :
"Ouaiiiiiiiiiis y'a des vagues !!!!!!!!!"
Heureux de pouvoir assouvir nos désirs de glisse, nous enfilons nos combinaisons (Ca, c'est le passage sexy ou tu te rends compte que tant que tu n'es pas en train de naviguer, en combi, tu as grave l'air con, et qu'en plus, si c'est dit qu'il faut qu'elle te colle la peau, tu te demandes à ce moment là si ce n'est pas un tantinet exégéré, quand même, surtout quand, après t'être défoulé, il faudra la retirer....), et une demi heure plus tard, nous nous rapprochons. Et là, nous murmurons légèrement apeurés :
"Ah, ouais, quand même, y'a des vagues........."
Voyant déferler des murs de 2 à 3 mètres devant nos chétives silhouettes effrayées, nous marquons quand même un temps d'arrêt... Et puis quand il faut y aller, on se lance.... Avec la sérieuse impression que nous allons connaitre les douces sensations du vol de boomerang en faisant un retour direct sur le sable, version demi tour immédiat... mais on se lance ! Au départ, tout va bien... Oh, de toute façon, on rame... Faut avancer pour passer le mur où les vagues cassent, et atteindre le lieu beni où elles se forment. Mais c'est là que rapidement, se pose le premier problème, ne sachant ni comment on peut franchir ce cap, ni comment éviter d'ingurgiter 3 litres d'eau salées à chaque paroi acqueuse se refermant sur nous, un long moment d'allers et retours sur une ligne presque droite de 30 mètres commencent à user nos forces, et la capacité elastiques de nos estomacs. Après une heure de bouillon version over saturé en NaCl, les bras en compote et des crampes naissantes sur tout le corps, le retour à la berge semble être un choix raisonnable. Le déjeuner semble alors une idée totallement saugrenue, tellement la quantité de substance vomitive avalée nous donne la nausée, et l'idée même de retirer la deuxième peau que nous avions revêtue, paraît irréalisable au regard des maigres moyens physiques dont nous disposons encore, et qui se résume à :
- pas bouger
- respirer, enfin essayer...
Ne me demandez ce que j'ai vu du retour, la seule chose qu'il m'est resté est un coup de soleil que j'ai du prendre alors que je dormais a l'arrière...
Pour l'autre anecdote que je vais partager, j'ai été spectateur et non acteur... Et en l'occurence, je préfère.... Je me suis toujours damndé pourquoi il y avait peu de véliplanchistes à la
Réunion, alors qu'il y a quand meme de belles étendues d'eau, des vagues, et du vent. La réponse est venue naturellement, lorsque l'un d'eux s'est élancé, après un superbe waterstart, prenant le
vent et s'approchant du planing. sa course, droite et rapide s'est soudain arrêté d'un trait, quand la dérive de son funboard s'est bloquée sur un massif corralien, et qu'il est passé de 80 à 0
Km/h en une fraction de seconde. Enfin, sa planche, en tout cas, parce que lui a continué, arrachant ses pieds des straps avec eux, enfin, arrachant plus ses pieds que les straps, d'ailleurs, et
faisant un superbe salto, encore accroché désespérément à son wishbone. Il est malheureux alors que ses mains n'arrivaient pas à se décrocher, par réflexe, du seul lien tangible qu'il avait (sa
prise sur le wish'), car la voile et le mât ont suivi son arabesque jusqu'à la conclusion finale : la rencontre de l'homme et de la matière. Après cet exemple, je suis sur que, si il a gardé
l'intégralité de ses facultés intellectuels, il est persuadé du bien fondé de la non-pénétrabilité de la matière.
Aussi, oui, je rêve de plage, mais sans tous ces artifices... Dans le monde des sacs et ressacs, lorsque le flux reflue, et que la mer appelle, glissant en son monde, faussement prétendu du
silence. En fait, le petit français, Jacques Mayol, avait raison : on est tellement mieux au fond....
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