Lundi 1 septembre 2008

Vous avez peut être frémi jadis, alors que vos jeunes années n'avaient pas encore délavé l'imaginaire de l'enfance, devant les crocs du grand méchant loup, le pas lourd de l'ogre des collines, le monstre poilu caché sous le lit ou, si jamais vous habitiez sur les rives de la Dordogne, une terrifiante Came-Cruse. Arrivés à un âge prétendu sage, adulte, et raisonnable (Déjà à ce moment de l'article, que ce mot sonne lâche....), vous savez, ou prétendez du moins, lors des séances de spiritisme succédant à quelques absorptions de paradis artificiels, que ce summum d'inepties n'est sorti que des contes pour enfants, et que les monstres n'existent absolument pas.
 
Détrompez vous. Ils nous entourent, ils sont là en permanence, vous les voyez et les regardez constamment, parfois même leur souriez, ou, comme on fait rentrer un vampire chez soi en l'invitant à passer le seuil protecteur, vous leur ouvrez la porte en leur faisant un geste de bienvenue. Oh, ils sont devenus par contre plus insidieux, mais d'autant plus nocifs. Avant ils se nourrissaient de vos peurs pour prendre corps, et de vos corps pour perdre faim. Maintenant, ils dévorent vos rêves, et vous laissent comme des créatures apathiques, automates sans âme errant dans les limbes de la réalité.
 
Vous ne me croyez pas ? C'est dire alors à quel point ils ont déjà infesté votre quotidien et votre esprit. Vous ne sentez jamais lorsque vous êtes chez vous, un engourdissement las envahir vos doigts et vos pieds, alors que vous alliez vous adonner à l'une de vos passions, lancer un élan créateur, ou de tenter de conquérir le monde ? N'avez vous pas renoncé en avilissant votre âme devant un insipide Soap Opera aussi débile que connu, ou un Pop Idol quelconque pour médire sur les grincements vocaux des pseudo-apprentis sélectionnés pour être adorés par leur médiocrité flagrante ? Vous venez d'être victime d'un croquemitaine. Ayant dépassé les normes comportementales acceptées, la couverture protectrice du monotone fut déchirée l'espace d'un instant, et laissa dépasser les extrémités de votre corps. Le monstre jaillit alors, et glaça vos doigts et pieds en aspirant ce feu créateur que l'on nommait "rêve".

Un vampire rentre alors, vous l'avez prié de pénétrer dans votre sanctuaire... Si, si, vous l'avez fait, à l'instant où vous avez appuyé sur la touche "ON" de la télécommande. Parce qu'il a du s'adapter au monde contemporain, il n'a plus la forme d'un être ténébreux vêtu de capes, il ne se transforme plus en brume ou en loup, mais en tube cathodique, il ne se nourrit plus de sang, mais de l'électricité traversant les cellules synaptiques, aspirant la moindre trace d'activité cérébrale ou d'intelligence, jusqu'à vous laisser vidé, un encéphalogramme plat se lisant directement dans le regard inexpressif désormais votre. 

Il y a quelquechose de génétiquement monstrueux chez l'homme d'ailleurs. Chez la femme aussi, souvent un reste de Banshee, ou de Harpie. Cela atteint son paroxysme et révèle toute son horreur quand elle atteint le stade final de belle-mère. Mais passons, elles ont au moins l'avantage d'avoir un cote séduisant. Enfin, certaines, en tout cas... Non, chez l'homme, c'est chronique. On a essayé de nous faire croire que nous étions de la famille de Caïn, mais c'est faux, nous sommes de la famille de Jekyll... Il suffit de regarder la métamorphose subie par l'être de catégorie masculine, vers une créature violente, mue par ses instincts, perverse et sans aucune once d'humanité à chaque fois que la Coupe de France bat son plein, pour se rendre compte que les effets du breuvage du Docteur continue de faire effet chez ses descendants. Encore de nos jours, Hyde se montre trop souvent.

Arrivé à ce stade, l'homme, vide de rêve, dépouillé d'espérance propre, ne trouve comme solution paliative à son âme perdue que de se trouver un idéal par procuration, qu'on lui impose, par modèle généraux, par mimétisme, ou par inspiration héréditaire. Celui-là qui aspirait plus jeune à parcourir le monde devient un avocat sédentaire, parce que "tu feras ton droit mon fils", épouse une femme avec qui il n'est pas mal mais pas totallement lui, au fond, achète une maison avec un crédit sur 15 ans, et part tous les matins au bureau en attendant ses 5 semaines de congés par an pendant lesquelles il pourra aller s'entasser sur la côte avec les tous les brisés de son espèce. Parfois, certains soirs de nostalgie, il se retrouve à rêver d'une île perdue où il combattrait les pirates, pour les attentions d'une sirène et sous les regards jaloux d'une petite fée. Parfois il a envie de reprendre lui-même le cours de son existence, et de se délivrer de cette non-vie qu'il a accepté sans la voir venir, et qu'un joueur de flûte, charmeur de rats jadis, a formaté pour ne devenir que l'ombre de ce qu'il était, et le clône de ce qu'il ne voulait pas. Rentrant de le rang au rythme de la mélodie, il est devenu gris. Et il s'en veut, car conscient de sa régression, et sachant qu'il n'a rien fait pour empêcher cela, il sait qu'il est coupable du meurtre de ses croyances, et de l'extinction de sa lumière. Il a drainé sa propre vie, jusqu'à en faire une complaisance matérielle, consumé sa magie jusqu'à ce qu'elle se tarisse. Il se retranche alors, comme un adorateur de vieilles idôles païennes derrière la protection rassurante de Raison, Devoir, Sagesse, Obligation, tous avatars pernicieux du grand maitre monstre nommé Lâcheté, car celui-ci permet de justifier son immobilisme.

Voici quelques exemples, nous pourrions continuer encore longtemps, mais au final, les monstres sont toujours là. Simplement, ils sont plus discrets, car ils perdent leur substance quand on ne croit plus en eux, et, ayant vu ce qu'était devenu l'humanité, et devant pourtant, pour survivre, s'en nourrir, ils en ont peur. Ils sont rentrés dans la fonction sociale, afin d'arriver  à réguler et maintenir les masses dans un état léthargique le plus constant. Mais au final, n'était ce pas mieux lorsque Wendigo, Loup garous, Vampires et Goules parcouraient le monde, et alimentaient un imaginaire collectif toujours en effervesence ?

Ceux qui étaient avant des dévoreurs de vie sont devenus maintenant des assistants aux véritables monstres actuels, nous mêmes : les fossoyeurs de rêve.

Par konda galner - Publié dans : petites pensées furtives
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