oeuvre en cours

Jeudi 6 août 2009

Je le vis s’avancer, s’arrêter à hauteur des deux géants. Ils discutèrent un moment, qui me sembla durer une éternité, je n’entendais que des bribes de leur conversation, incompréhensibles, et beaucoup trop hachées. Puis, je les vis s’écarter, pour laisser s’avancer mon père. Ils tournèrent alors leurs regards vers moi, m’invitant tacitement à prendre sa suite. Je sentais une pression croissante émanant des deux gardiens, ainsi que le flux chaotique imprévisible de la horde derrière moi. Peut être ceux qui souhaitaient fondre sur moi hésitaient en vertu d’une quelconque attente ou désir d’un puissant, peut être juste les deux êtres qui m’attendaient les tenaient en respect. Devant moi, la sérénité terrifiante d’un rempart infaillible, derrière, un flot de haine et de violence, mue par la peur. Et j’étais là, au milieu des mâchoires de cette tenaille funeste. Ma mémoire et ce que je suis devenu maintenant altèrent certainement mes souvenirs, mais je me rappelle qu’étrangement, je me sentais parfaitement calme. Ce n’était pas… de la résignation. Non, ce n’était pas ça. Je me sentais en dehors de mon propre corps, je ne le sentais presque plus. Il m’obéissait toujours, mais comme un automate dépourvu de la moindre sensation nerveuse. J’avais juste un choix : faire un pas vers une fin très probable, ou reculer vers une mort certaine. Je levais les yeux vers mon père, qui m’attendait au-delà, je vis toujours cette colère, cette rage sourdre de la même manière que lorsqu’il a traîné ma carcasse jusqu’ici, mais je lus aussi dans son regard de l’inquiétude. Le temps filait au ralenti pour moi, j’avais conscience du plus infime mouvement qui survenait autour de moi, je voyais tout se dérouler comme si les rouages de l’horloge battant le rythme des secondes était retenus et ralentis. Qu’était ce à ce moment là ? Un état de conscience supérieur soudain ? Une réaction d’abandon de soi dans une situation désespérée ? Je ne sais toujours pas à vrai dire. Mais c’est dénué de toute peur, que j’ai avancé. Peu importe ce qui allait arriver, mais je ne voulais plus être une marionnette, donc, j’avais décidé d’agir. Quelques pas encore, les deux géants me dominaient totalement, par leur simple présence. Je ressentais toujours cette pression terrible, mais elle ne me paralysait plus. Quelques pas encore, mon père, au-delà du seuil, me semblait fabuleusement loin. Les deux frères étaient en tout point semblables, cependant, je pensais discerner par leur aura, qui était l’un et l’autre. Ils me faisaient face, immobiles, muets et impassibles, jusqu’à ce que je parvienne à leur hauteur. 

- Le fils à présent, a donc décidé de passer. Mais pourquoi crois tu que nous allons te laisser franchir cette salle ? Pourquoi d’ailleurs, souhaites tu donc entrer ? Que viens tu chercher ici ?

 

La voix de Mensonge me pénétrait comme une lame, résonnant en moi plus que je ne l’entendais. Ces paroles, pourtant simples, je les ressentais comme le viol perpétré par un inquisiteur cherchant à m’arracher mes secrets. Quelques instants avant, je n’aurais pu répondre, mais je sentais ma conscience flotter en dehors de mon corps, et je dois sûrement à cet état particulier d’avoir eu la capacité de répondre.

 

- Pourquoi je viens ici ? A vrai dire, je ne le sais pas vraiment. Par la force des choses, et parce que je n’ai pas d’autre choix que celui de suivre mon père. Parce que je veux le rejoindre, et que je veux comprendre. Et vous me laisserez passer, parce que si j’en crois la meute grouillante qui nous suit, ce qui se passe ici est suffisamment unique pour être digne d’intérêt. Cela manquerait singulièrement de panache, de tout achever par une simple interdiction de franchir le seuil.

 

Vérité se tourna vers moi, et m’annonça le verdict. Sa voix m’emplit aussi, mais différemment, l’impression sinueuse et violente de son frère faisait place à une certaine clarté, limpide, transparente, et légère.

 

- Bien…. Est-ce là l’innocence de la jeunesse et une certaine pudeur qui font l’éclipse d’une grande raison par une plus petite ? Tu présentes une certaine habileté naturelle dans la dissimulation par la présentation de l’évidence, en plus d’un don d’observation et d’analyse de ce qui t’entoure et que tu ne comprends pas. Ta réponse est acceptable, à l’heure actuelle. Mais il faudra trouver autre chose la prochaine fois.

 

- Je peux donc passer ?

 

- Oui, tu peux, si tu le souhaites toujours. Ah, petit, rends nous un service aussi, veux tu ? Salue donc ta maman de notre part, elle n’est pas sortie depuis bien longtemps.

 

- Je vais… voir ma mère ?

 

- N’es tu pas là pour ça ? Non, ne prends pas le risque de répondre, tu risquerais d’être finalement refoulé. Va vite, ton père attend toujours. Et à l’avenir, évite de nous confondre, mon frère et moi. Le mensonge est souvent doux à l’oreille, contrairement à une vérité difficile à encaisser.

Par konda galner
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Lundi 1 septembre 2008

J’ai été mandaté sur cette Terre pour décider des prémisses de ce que vous appelez l’apocalypse. Certainement pas comme les écrits la dépeignent, oh, non, Saint Jean était un être lyrique illuminé, soutenu dans sa prose au moment de ses prophéties par les fantasmes macabres de quelque entité dérangée. Il n’empêche que, bien que totalement erronée, son œuvre maîtresse, même pour un humain, se révèle magnifique autant que terrifiante, distillant la terreur et l’abomination d’un massacre sans nom au point de créer au sein de l’essence même du carnage une beauté artistique fabuleuse. Mais je m’égare…. Non, il a été décidé par les instances… supérieures… que je serais juge de l’humanité, bien que n’en ayant pas connaissance au départ… Cela, je l’ai appris de mon père, plus tard … Le cadeau qu’il m’a fait en me révélant la teneur réelle de ma mission était pour moi comme ouvrir à nouveau la boite de Pandore, et en assimiler tout le contenu. Imaginez simplement qu’il vous soit ordonné d’ôter la vie à deux êtres régulièrement, sans aucune autre consigne. Que vous soyez contraint d’accomplir cette tache sordide, sous peine qu’elle ne s’impose à vous. En bon Exécuteur docile, exalté par l’attrait et la liberté qui vous sont servis sur un plateau d’argent pour sa première mission, quelle joie cela peut donc représenter ! Et quelle naïveté… Alors même que j’éteignais la vie d’un être, alors même que, ignorant les conséquences de mes propres actes, j’arrachais les âmes de ses créatures futiles et insignifiantes, les vouant à retourner au néant, je sentais peu à peu ma propre essence m’échapper. Lentement, j’ai commencé à réaliser que cette mission était simultanément ma première et mon ultime mission. Ce qui me fût confirmé par mon père. Une part de mon âme se détache de moi, à chaque fois que j’assassine, à l’opposé exact de celle que je détruis, ses parcelles allant se poser dans une balance cosmique. Depuis lors, sachant que cette tache me mène à ma ruine, sachant que j’ai été façonné uniquement dans ce but, je m’évertue à supprimer uniquement l’existence d’être gris, antithétiques, afin de conserver l’équilibre. Au final, l’inclinaison du poids des âmes fera basculer  ce monde vers le Paradis, ou vers l’Enfer.

Par konda galner
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Mercredi 20 février 2008
Aile – 14 Novembre 2001
 
Il fait nuit noire sur la ville lumière. Une pluie battante et régulière rajoute encore un peu plus de discrétion à l’obscurité qui englobe Notre Dame. Posé sur les murs parmi les gargouilles de pierre, immobile, mes ailes noires à moitié déployées me désignent comme l’une d’elle. J’aime me retrouver là, à contempler les humains encore éveillés déambuler à ces heures tardives, comme des âmes égarées. Si seulement ils savaient à quel point… Après plusieurs décennies d’observation, je ne parviens toujours pas à savoir qui ils sont. Tout ce que j’ai pu apprendre de mes instructeurs ne pèse finalement pas bien lourd quand on est confronté à la réalité de leur monde. Créatures pathétiques qui se débattent dans une existence où elles ne contrôlent rien, elles ne se rendent même pas compte de leur condition précaire. Parfois je les envie de ne pas savoir… Les heures passent. Rien ne vient troubler la litanie du vent faisant battre quelques stores, mêlé au rythme régulier du martèlement de la pluie, si ce n’est quelques passants pressés par l’averse. Les heures passent, jusqu'à ce que presque plus rien ne bouge. Un homme déboule d’une ruelle, courant à perdre haleine, apparemment plus pressé que la pluie ne le justifie. Quatre autres suivent, et vont le rattraper. L’espace d’une seconde, j’hésite à intervenir. A quoi bon l’aider… Avec un peu de chance, il s’en sortira avec quelques plaies et bleus, peut être une fracture. Je me détourne et m’envole vers d’autres toits.
 
Je trace ma voie parmi les ombres, porté par l’habitude de chemins longuement empruntés au quotidien. 02h30, je me retrouve devant sa fenêtre. Comme souvent, elle ne dort pas, glissant comme un bateau ivre sur la mer cirée du plancher de son appartement, un clope au bout des doigts indiquant son passage comme une balise. Elle est l’une des rares créatures que j’ai croisées qui m’intriguent vraiment. Elle se débat tous les jours avec la condition humaine de la mortalité, et contrairement à beaucoup elle en est consciente. Pourtant, elle ne sombre pas, et garde toujours une lueur d’espoir et de volonté. Réellement, elle m’intrigue… C’en est presque agaçant, à force. Peut être devrais je la tuer afin que ces images ne me hantent plus… Non… Ce serait me priver de sa présence, et peu de choses arrivent à me distraire ici bas. Certaines fois, j’ai craint qu’elle ne m’ait vu, lorsqu’elle bondissait vers sa terrasse, en ouvrant rapidement la baie vitrée, mais son regard n’a jamais su percer mes ombres. Peut être sent-elle ma présence de temps à autre. Lui resterait il encore des vestiges de ce sixième sens que les hommes ont oublié, qui soutient et exacerbe la volonté de survivre ? L’instinct… Ce que l’on sait sans savoir pourquoi, et sans avoir aucune raison de le croire. Oui, elle est instinctive. Comme une proie qui menace son prédateur… Que ferais je si elle me découvrait ? L’annihiler probablement, première réaction naturelle quand on se sent menacé. Il est vrai qu’elle me manquerait. Ou un baiser d’oubli, sinon, si je suis pris d’un élan de compassion, mais le phénomène brise toujours une partie de ces êtres fragiles, elle ne serait plus vraiment elle même. Je m’amuse à imaginer une rencontre où je me tiendrai devant elle, à me délecter de ses réactions, de ses sentiments, de ses peurs, de sa fascination. Je n’irai jamais vers elle, ce n’est ni dans ma nature, ni dans mes prérogatives. Je doute que cela puisse arriver de toute façon, il faudrait une sacrée force psychique pour pouvoir briser ma coquille de ténèbres. Sacrée… Quel terme ironique ! Ca ne sera pas pour ce soir, apparemment, elle jette sa cigarette à moitié consommée par delà la terrasse, s’abîmant dans le gouffre de la rue comme une luciole agonisante, elle éteint la faible lumière qui éclaire péniblement la pièce, et part se coucher. Et je m’envole encore….
 
Je passe au gré des vents le long des artères de cette cité tentaculaire. A l’observer de la sorte, elle s’apparente à un géant endormi, la rumeur sourde et discrète de la ville à sa respiration régulière et lancinante, un crissement de frein ou un volet qui claque symbolisant un spasme au sein d’un sommeil troublé par un mauvais rêve. Elle est vivante, cette ville… Un cancer de feux d’artifices d’ombres et de lumière. J’y suis comme un corps étranger, parfois parasite nuisible, parfois symbiote involontaire. A force, j’ai même fini par m’y attacher. Il faut que j’arrête de me laisser aller comme ça, on pourrait presque croire que je développe un embryon de sensibilité humaine ! Quelle déchéance !
 
Les heures s’allongent, le temps s’écoule. Après une nuit d’errance, et avant les premiers rails de lumière, je retourne finalement me poser parmi mes fiers frères de pierre. Le sommeil me gagne pendant que la cité s’éveille. Une nuit de plus dépassée… Combien encore…
Par konda galner
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Mercredi 20 février 2008

A ce qu'il paraît, j'aurai un vague talent en tant que jongleur de mots, et, aimant bien aligner les lettres jusqu'à ce que ce chaos s'organise en un signification qui n'en révèle pas forcément le sens, j'ai décidé, il y a quelques temps de commencer l'écriture d'un roman. Oh, je ne cache pas que l'entreprise se révèle plus fastidieuse que je ne l'aurai escompté au départ, emporté par les élans du commencement d'un défi nouveau. J'avance, parfois à la vitesse de la plume au galop, parfois stagnant comme un mime attendant qu'une piecette vienne lui permettre de changer sa posture... Voici ici livré le tout début, écrit il y a de nombreux mois déjà....

Par konda galner
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